Chronique d'une déception :
Je suis tombé à l'heure du déjeuner sur une nouvelle enthousiasmante : un
jeune Népalais (joli bébé !), étudiant en sciences, serait parvenu à fabriquer
un panneau solaire particulièrement économique en utilisant des cheveux en
substitution de l'onéreux silicium. La mélanine contenue dans ceux-ci, sensible
à la lumière, agirait comme une sorte de conducteur. Le prototype construit par
le petit génie produirait 18 W pour un coût de fabrication d'environ 30 euros.
Formidable !
Cette information est reprise sur plusieurs sites (ici
ou là par
exemple) mais l'article à l'origine du "buzz" a été publié par le
dailymail, ce qu'on pourrait prendre pour un gage de fiabilité.
Ceci dit, j'ai trouvé que l'article anglais, plus détaillé que ceux que l'on
trouve dans la langue de Molière, sonnait un peu faux. Les photos surtout
semblent un peu risibles. "Tout est possible" me direz-vous, mais
quand on regarde le gros plan du prototype, on sourit quelque peu : trois
pauvres cheveux se battent en duel derrière une plaque de plexiglas.

J'ai donc approfondi mes recherches sur google et trouvé quelques billets et
sites qui clament au "hoax" (bidonnage sur internet). Le témoignage le plus
convaincant est celui d'Edward Craig Hyatt, qui dans un
long
article anglophone dégomme littéralement le panneau chevelu.
Sur Rue89 est résumée l'affaire dans un
post traitant de fausses découvertes. Extrait :
D'abord, le watt est une unité de puissance, est n'est donc pas comparable
avec le volt, unité électromotrice (différence de potentiel entre deux points
d'un circuit). Un rapide calcul (souvenez-vous, P=UI, donc I=P/U, donc I=18/9)
nous apprend que son panneau peut donc selon lui générer 9V à 2A (ampère), ce
qui est exactement au niveau des panneaux solaires dernier-cri, pour la même
surface.
Passons les considérations techniques. Un cheveu sans traitement particulier
n'est pas conducteur (ni semi-conducteur), et, même traitée, la mélanine
contenue dans le cheveu convertit la lumière en chaleur et pas en électricité.
Les étudiants et les journalistes se sont donc un peu emballés. Ils ont généré
de l'électricité avec de l'eau salée, et truqué l'expérience pour la photo,
probablement en ajoutant un vrai panneau solaire derrière les quelques
cheveux.
Je suis quitte pour une petite déception. Le photovoltaïque à trente euros
aurait été une vraie bonne nouvelle.
Et vous, seriez-vous tombé dans le panneau ?