Intel a présenté début
décembre à Braunschweig, en Allemagne, un prototype de processeur doté de 48
cœurs, soit dix à vingt fois plus de moteurs de traitements que la plupart des
processeurs actuels.
Le prototype, dont le nom de code est "
RockCreek", est gravé en 45 nm
et comporte 1,3 milliard de transistors pour une surface de 576 mm². Il est
équipé de 48 cœurs X86, agencés en 24 unités binomiales. Il s'agit ici du plus
grand nombre de cœurs de traitement programmables jamais intégrés sur une puce
de silicium. A titre d'exemple, la nouvelle gamme de processeurs
Intel
Core disponible actuellement est dotée, au mieux, de six ou huit
cœurs.
Les
labos d'Intel ont surnommé cette nouvelle architecture
"
single-chip cloud computer" ("
ordinateur
monopuce nébuleux") car elle ressemble à l'agencement des centres de
données utilisés dans le cadre de mise en commun de ressources informatiques
distribuées ("
nuage virtuel" ou "
cloud computing").
Chacun des cœurs, susceptible de réaliser une étape d'un processus calculatoire
riche ou complexe, est connecté aux autres par un réseau ultra rapide (256
Go/s). Les données sont alors véhiculées entre les unités de traitements
internes de la puce, réduisant ainsi le recours à la mémoire externe, forcément
plus lente.
Les applications peuvent gérer dynamiquement les cœurs à utiliser : certains
pouvant travailler en groupe sur une tâche alors d'autres réalisent des
opérations connexes. Des traitements peuvent ainsi être réalisés sur des cœurs
voisins pour transmettre leurs résultats aux unités suivantes, simulant en
quelque sorte une chaîne de production et maximisant donc les performances
globales. Ce contrôle logiciel permet également de gérer, au plus fin, les
tensions et fréquences d'horloge. Les cœurs peuvent, individuellement,
s'éteindre, s'allumer et régler leur niveau de performances, en s'adaptant
ainsi en continu pour utiliser le minimum d'énergie.
En conséquence, la consommation électrique de ce prototype est réellement
remarquable compte tenu de ses capacités phénoménales :
une puissance
consommée d’à peine 25 watts au ralenti et de125 watts en fonctionnement
maximum, soit autant que les processeurs actuels (à titre d'exemple, le
Core i7 2.8 GHz des
iMacs 27" utilise 95 watts).
Sur le papier, cette technologie pourrait révolutionner les architectures des
datacenters dites en "nuage", en centralisant les ressources de calcul au sein
d'une puce surpuissante et en ne déplaçant les données exploitées que de
quelques nm ou mm au lieu de les distribuer via réseau standard entre plusieurs
ordinateurs.
Avant toutefois de s'emballer, rappelons qu'il s'agit encore d'un prototype.
Intel n'a pas communiqué de chiffres précis sur les performances
exactes de la puce. L'objectif était d'initier une réflexion sur les
architectures des processeurs à venir, et d'imaginer la centralisation de
calculs, jusqu'à présent distribués, sur des machines aussi puissantes que
sobres énergétiquement. L'hypothèse de pouvoir intégrer jusqu'à 100 cœurs voire
plus a même été évoquée.